L’Algérie en deuil

L’Algérie en deuil. Elle perd un grand homme d’État en la personne de Liamine Zeroual ancien président de la République entre 1994 et 1999, décédé samedi 28 mars 2026. 

La jeune génération d’Algériens ne connaît peut-être pas Liamine Zeroual. Pourtant, l’histoire de l’Algérie retiendra que l’homme d’État qu’il a été a marqué de manière indélébile la trajectoire du pays, et ce, pour plusieurs raisons. Décédé ce 28 mars 2026 à l’âge de 84 ans, cet ancien officier militaire, devenu chef de l’État en 1994 après avoir été désigné par le Haut Conseil d’État (HCE), avant d’être élu président de la République en 1995 à l’issue des premières élections pluralistes en Algérie, a eu à assumer ses fonctions durant une étape charnière du pays.

Président de lors de la période la plus critique de l’Algérie

Et pour cause. Lorsqu’il lui fut fait appel pour être à la tête de l’État et assumer une responsabilité que nombre de personnalités avaient refusée à cette période précise, l’Algérie traversait sa période la plus sombre depuis le recouvrement de son indépendance en 1962. Un terrorisme d’une rare violence sévissait à travers le pays, sur lequel, de surcroît, un embargo était imposé par plusieurs capitales étrangères qui avaient suspendu leurs liaisons aériennes et refusé de vendre les équipements militaires nécessaires pour mener la lutte contre l’hydre terroriste.

De même qu’il a dû faire face à des difficultés financières puisque les caisses de l’État étaient presque vides en raison de la chute drastique du prix du pétrole dont le baril se vendait à moins de 11 dollars. Mais ces contraintes n’avaient pas altéré le dévouement et l’abnégation de l’homme qui, mieux que quiconque, connaissait le prix du sacrifice à payer pour que l’Algérie demeure debout et que la République soit préservée.

Ce sens du devoir qui l’a animé toute sa carrière militaire et sa vie d’homme politique lui est, du reste, reconnu par tous ceux qui ont eu à vivre la période durant laquelle il a présidé au destin de l’Algérie. Sa large élection au scrutin présidentiel de 1995 témoigne de cette reconnaissance qui lui été dévolue et que les Algériens ont continué à lui manifester même une fois retourné dans sa ville natale à Batna où il a mené un train de vie tranquille après avoir annoncé sa décision d’écourter son mandat de cinq ans en 1998 et d’organiser une élection présidentielle anticipée en 1999.

L’histoire retiendra aussi que lors de son mandat, Liamine Zeroual avait fait adopter la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux dans la Constitution de 1996. Verrou que son successeur avait levé, avant d’être rétabli par le président Tebboune à la faveur de la révision constitutionnelle de 2020. Il avait également doté l’Algérie d’un Parlement bicéphale avec une Assemblée et un Conseil de la Nation et fit voter la loi sur la Rahma. Et si le défunt Président a continué de bénéficier d’une grande aura auprès des Algériens c’est aussi parce que personne n’a douté de son patriotisme.

Un exemple de droiture

Ainsi, durant son passage au palais d’El Mouradia, il s’est distingué par la prise de positions souveraines. Refusant toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie, il a, à titre d’exemple, décidé d’annuler, en octobre 1995, une rencontre, prévue à New York, avec le défunt président français Jacques Chirac. Un geste fort qui visait à protester contre la position française sur la situation interne de l’Algérie. Alger avait indiqué que cette annulation faisait suite à des déclarations dans lesquelles Paris a porté «atteinte à la dignité et à la souveraineté du peuple algérien». Les Algériens se souviennent aussi qu’il avait refusé de se faire soigner en France.

Partisan d’une armée de professionnels, il avait commandé, au cours d’une longue carrière d’officier d’active, 3 régions militaires: Tamanrasset en 1982, Béchar, en 1984, et Constantine en 1987. Il avait aussi dirigé deux grandes écoles: l’École d’application des armes de combat et l’Académie interarmes de Cherchell, creuset des officiers de l’armée algérienne. Alors qu’il sera enterré aujourd’hui sur ses terres natales à Batna, les Algériens garderont à jamais de lui l’image d’un militaire dévoué, et d’un homme simple qui allait au café et discutait avec les habitants.

«Il était un exemple de droiture», témoignent ceux qui l’ont côtoyé. Un homme qui a fait de l’Algérie, dont il suivait l’évolution, son sacerdoce, ne sortant qu’à de rares occasions de la réserve dans laquelle il s’est muré depuis qu’il a quitté ses fonctions en 1999 pour présenter ses vœux. Comme ce fut le cas en septembre 2024 lorsqu’il adressa un message au président Abdelmadjid Tebboune pour le féliciter pour sa réélection à un second mandat présidentiel, saluant la confiance renouvelée du peuple algérien.

Nadia Kerraz

Algérie en deuil

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